Le 12 décembre 2025, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le président international de Médecins Sans Frontières (MSF), Javid Abdelmoneim, a livré un témoignage accablant sur la situation humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il a dénoncé la normalisation des violences sexuelles et des exactions commises par des groupes armés, qu’ils soient étatiques ou non, dans un climat d’impunité quasi total.
Selon lui, les groupes tels que l’AFC/M23, les FDLR, l’ADF, les milices Wazalendo, ainsi que certains éléments des FARDC, sont impliqués dans des violations graves du droit international humanitaire. Exécutions sommaires, violences sexuelles, pillages, attaques contre les structures médicales : les témoignages recueillis par MSF dressent un tableau d’une brutalité insoutenable. À Binza, des patients ont rapporté des scènes de massacres, des hommes tués dans les champs, des femmes et des enfants abattus sur les rives d’une rivière, leurs corps abandonnés à la dérive. À Rutshuru, les admissions pour traumatismes ont bondi de 67 % en juillet, et plus de 80 % des blessés par balles enregistrés dans les structures soutenues par MSF étaient des civils.
En Ituri, plus de 1 500 interventions chirurgicales ont été réalisées cette année dans un seul hôpital, principalement pour des blessures liées aux combats. Les structures de santé ne sont pas épargnées : ambulances interceptées sous la menace, hôpitaux pris d’assaut, personnel médical terrorisé. À Masisi, le centre de santé de Kazinga, pourtant clairement identifié comme appartenant à MSF, a été pillé et détruit par une milice Wazalendo. Trois membres de l’organisation ont été tués depuis le début de l’année.
Les violences sexuelles, quant à elles, atteignent des niveaux alarmants. Durant les six premiers mois de 2025, près de 28 000 survivants ont sollicité une prise en charge dans les structures appuyées par MSF, soit une moyenne de 155 personnes par jour. Trois quarts de ces agressions ont été perpétrées par des hommes armés, dans les champs, sur les routes, aux points d’eau ou à l’intérieur même des habitations. Trop souvent, les victimes arrivent trop tard pour bénéficier de traitements préventifs. Dans de nombreuses zones du Nord et du Sud-Kivu, les stocks de prophylaxie post-exposition sont épuisés, privant les survivants de soins essentiels pour prévenir les infections, les grossesses non désirées et les séquelles psychologiques.
Cette intervention intervient alors que la situation sécuritaire continue de se détériorer. La ville d’Uvira, considérée comme un verrou stratégique dans le dispositif militaire du gouvernement congolais, est récemment tombée aux mains de l’AFC/M23. Cette avancée renforce la mainmise de la rébellion sur les provinces du Nord et du Sud-Kivu, et ouvre potentiellement la voie vers le Grand Katanga, région clé de l’économie congolaise.
Ce basculement intervient dans un contexte diplomatique tendu. Alors que les accords de Washington, signés entre Kinshasa et Kigali sous l’égide des États-Unis, visaient à instaurer un cessez-le-feu, la situation sur le terrain s’est au contraire envenimée. L’occupation d’Uvira, quelques jours seulement après la signature des accords, est perçue par certains diplomates comme un camouflet infligé aux efforts de médiation internationale.
Face à cette spirale de violence, MSF appelle à une prise de conscience urgente. L’effondrement des mécanismes de protection, conjugué à l’impunité persistante, laisse les civils livrés à eux-mêmes. Pour Javid Abdelmoneim, il ne s’agit plus seulement d’une crise humanitaire, mais d’un échec collectif à défendre les principes les plus fondamentaux du droit international.