Est de la RDC : Quand la guerre détruit la santé publique

L’est de la République démocratique du Congo vit une tragédie humanitaire qui dépasse le cadre des affrontements armés. Dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, la guerre sape les fondements mêmes de la santé publique et plonge des millions de personnes dans une détresse silencieuse.

Depuis janvier 2025, plus d’un millier de civils ont perdu la vie dans des attaques ciblées, tandis que près de 400 000 habitants ont été contraints de fuir leurs foyers. Cet exode massif a des conséquences directes sur la santé des populations. Les camps de déplacés, surpeuplés et dépourvus d’infrastructures de base, deviennent des foyers de propagation pour des maladies infectieuses telles que le choléra, le paludisme ou les infections respiratoires. L’absence d’eau potable et de latrines accentue la vulnérabilité des familles, en particulier des enfants et des femmes enceintes.

Les structures sanitaires, déjà fragiles, sont systématiquement prises pour cible. Six centres de santé ont été attaqués depuis le début de l’année et vingt-huit endommagés depuis 2024. Plus de la moitié sont aujourd’hui hors service, privant près de 150 000 personnes d’un accès aux soins essentiels. Les hôpitaux encore ouverts fonctionnent dans des conditions précaires, avec un manque criant de médicaments, de matériel et de personnel. Les campagnes de vaccination sont interrompues, ouvrant la voie à la résurgence de maladies évitables comme la rougeole ou la poliomyélite. Les femmes enceintes, privées de suivi prénatal, accouchent dans des conditions dangereuses, ce qui accroît les risques de mortalité maternelle et infantile.

À cette crise sanitaire s’ajoute une insécurité alimentaire qui atteint des proportions alarmantes. Les champs abandonnés, les routes commerciales bloquées et les marchés paralysés aggravent la faim. Déjà, près de 25 millions de Congolais souffrent de malnutrition sévère, et les projections annoncent 27 millions d’ici mi-2026. La malnutrition chronique fragilise les enfants, les rendant plus vulnérables aux infections, tandis que les structures de santé, débordées, voient affluer des cas graves de kwashiorkor et de retard de croissance.

Face à cette situation, les organisations humanitaires multiplient les alertes. Mais la réponse de l’État reste insuffisante. Les mesures de protection des civils et des infrastructures sanitaires sont limitées, et les financements publics ne couvrent pas les besoins urgents. Cette absence de stratégie sanitaire adaptée à un contexte de guerre semble fragiliser davantage la confiance des populations envers les institutions.

Dans l’est de la République Démocratique du Congo, la guerre ne tue pas seulement par les armes. Elle détruit silencieusement la vie par la faim, la maladie et l’abandon. Sans une mobilisation immédiate et coordonnée, la région risque de sombrer dans une catastrophe sanitaire irréversible.

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