L’éclaircissement de la peau fait débat à Kinshasa !

La recherche de la beauté se retrouve souvent parmi des préoccupations féminines. Chacune opère en fonction du résultat souhaité. Aujourd’hui avec la mondialisation, les méthodes traditionnelles pour se rendre belle ont été améliorées voire effacées au bénéfice de celles dites modernes. Les pratiques de la dépigmentation volontaire de la peau ont pris de plus en plus d’ampleur.

Animées par un fort désir de paraitre belle, les femmes s’adonnent à la pratique de l’éclaircissement de la peau. Cette pratique est un autre critère de beauté, malgré les méfaits qu’elle cause sur la santé tels que : les brûlures de la peau, l’acné, les vergetures, etc.
Les pratiques de la dépigmentation volontaire de la peau engendrent à court, moyen et long terme, chez les femmes qui la pratiquent, des complications de la santé.
Les produits utilisés sont sous plusieurs formes : crèmes, savons, laits, gels, se vendent comme des petits pains mais avec des composants dangereux (plomb, sel de mercure, cortisone, eau de javel, hydroquinone etc…).

Qu’est-ce qui poussent les Congolais à dépigmenter leur peau ? Quelles sont les conséquences de l’utilisation des produits éclaircissants? La peau claire apporte-t-elle une valeur ajoutée au sein de la communauté ?

Autant de questions qui font couler ancre et salive. La Rédaction de SANTE NEWS est allé à la rencontre des adeptes de cette pratique devenue aujourd’hui un véritable problème de santé, Les motivations déclarées par les victimes sont le plus souvent l’imitation.

« On veut ressembler à une sœur, à un ami, à une artiste ou à une actrice qui a le teint plus clair ».

Patience Manzongani victime de la dépigmentation a fini par se révéler être un témoin de choix. Son histoire partagée entre le Congo et l’Europe, et ses fréquentations, l’ont menée à faire ce qu’elle regrette aujourd’hui.

« je n’ai jamais cherché à dépigmenter ma peau, mais depuis l’adolescence, période à laquelle ma peau a été marquée par l’acné, j’utilise des produits anti-tache et éclaircissants, l’objectif était de vouloir d’abord unifier mon teint, une pratique qui m’a rendue dépendante de l’hydroquinone puisque j’etais obligé de continuer à l’utiliser, voilà aujourd’hui ma peau foncée souffre de l’hyperpigmentation ».

Une joie de courte durée avoue Sephora HACHINDO

 « je pense qu’il serait mieux de garder sa peau sans complexe, il n’y a pas de péché pour ça, puisqu’en utilisant ces produits ils ignorent les conséquences, et pourtant on dit mieux vaut prévenir que guérir ».

Le blanchiment de la peau, Complexe ou tabou ?

La pression des hommes peut également être un élément déclencheur pour les femmes:

« ici à kinshasa par exemple certaines femmes partent du principe que si elles ne se blanchissent pas la peau, plus personne ne va les regarder ». Lance Deborah Nkenge entrepreneure.

Une opinion réfutée par John KAYEMBA activiste de droit de l’homme, ce dernier parle d’un complexe qui gangrène la société kinoise aujourd’hui et expose à d’énormes risques sanitaire.

« C’est un problème de complexe et les gens sont mal habitués de croire que tout ce qui brille, est excellent. Que chacun respecte la couleur de sa peau, parce que ces complexes amèneront plus tard à des conséquences ». Dit-il avant de poursuivre « Que ce soit à court, moyen ou long terme, la dépigmentation volontaire de la peau a toujours des effets secondaires néfastes qui pourront conduire à de graves maladies comme des maladies cardio-vasculaires, des risques de développer des cancers, brûlures de la peau, l’acné.
Le blanchiment de la peau, un fantasme aussi dangereux que tabou ».

Devenu aujourd’hui un véritable problème de santé, le blanchiment de la peau touche énormément de personnes, il reste encore largement passé sous silence. Ce que confirme la dermatologue Tania Bateka :

« Lorsque l’on aborde la question de la dermatologie des peaux noires, les problèmes liés à la dépigmentation sont récurrents, surtout sur le continent africain. Pour autant, ce sont des questions qui restent assez méconnues dans le milieu médical, même si les choses bougent un peu. » Dit-elle avant de poursuivre : « les produits éclaircissants irritent la peau parce-qu’ ils contiennent de l’hydroquinone et aussi nous sommes dans un pays tropical où tous les jours, il fait énormément chaud, donc en utilisant ces produits, vous êtes en train d’abîmer directement la peau et c’est vraiment dangereux ».

Rappelons que la dépigmentation de la peau serait née dans les années 60 aux Etats-Unis. Des ouvriers noirs auraient découvert le pouvoir blanchissant de l’hydroquinone, un produit toxique, en travaillant sans protection dans des fabriques de jeans et de caoutchouc. C’est ainsi que ce phénomène s’est propagé dans le pays aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Même si l’Afrique reste l’un des continents où l’on pratique le plus la dépigmentation.

« Xessal » au Sénégal, « Bojo » au Bénin, ou encore « Tchoko » au Congo, la pratique à différents noms en fonction du pays.

 

D.Nkenge/B. Badsunde

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